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Le Blog de Jane Fenuanova.

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16 décembre 2012

Qui est Frigide Barjot ?

Frigide Barjot se définie elle même comme "L'égérie du mouvement parodique JALONS" et se fait surtout connaître en ce moment comme celle des homophobes de tous bords.

Il convient de revenir sur son parcours et celui des joyeux drilles de JALONS pour comprendre un peu mieux qui est "Frigide Barjot" de son vrai nom Virginie Tellene, épouse de Bruno Tellene dit "Basile de Kock" dont le frère n'est autre Marc Tellene plus connu sous le pseudonyme de Karl Zero...

Une affaire de famille auquels s'ajoutent une poignée de cathos intégristes et monarchistes et de militants d'extrême-droite.

Karl Zero n'a d'ailleurs jamais caché sa proximité avec le monarchisme "de gauche".
Son parcours et celui de son frère sont cependant bien différents de la version officielle.

Basile de Kock a été comme son frère Karl Zéro militant du GUD à Assas dans sa folle jeunesse. Un engagement que Karl Zéro prends grand soin de ne pas (trop) dévoiler publiquement mais dont il reste des traces comme ce "pastiche" non-assumé de Tintin datant de 1980 :

 

Dessin de Karl Zéro, 1980.

Chacun en appréciera l'humour désopilant...

Basile de Koch lui se veut "le politique" de la famille.

Chroniqueur des nuits parisiennes à Voici, il a également été la plume de Charles Pasqua puis membre à partir de 1984 du Club de l'Horloge où il théorise l'idée de "Préférence Nationale" aujourd'hui cheval de bataille du FN.
Recasé au Conseil Général de l'Essonne, il écopera d'une condamnation pour emploi fictif en compagnie de Xavière Tibéri. Il suivra ensuite Bruno Mégret dans la Scission du FN et deviendra un des Fondateur du MNR, avec le succès que l'on sait.

C'est à cette époque que le Groupe JALONS se crée avec leur premier happening en 1984 : une manifestation contre le froid au métro Glacière avec pour slogan : "Verglas assassin, Mitterand complice !". La manifestation sera bien relayée dans la presse qui s'interroge peu ou pas du tout aux organisateurs, la traitant comme une plaisanterie estudiantine. Mais lançant du même coup la notoriété du groupe.

 "L'homme de gauche" de la famille Telleme, Karl Zéro, star mondaine des médias lance quand à lui un site conspirationniste aujourd'hui fermé le "web 2 zéro" : http://www.renovatiotv.com/blog/leweb2zero-le-site-de-karl-zero-n-est-plus-18-septembre-2012.html fermé en septembre 2012.

Il y remet notamment en cause la réalité des attentats du 11 septembre 2001 dans cette vidéo :

http://www.dailymotion.com/video/xvodj7_11-septembre-le-grand-debat-de-la-thermate_news

à côté d'une seconde présentant la "Fin du spectacle (Tout seul) du formidable comique Dieudonné M'Bala M'Bala"...

On croise également au sein du groupe Alain Robert, animateur de la branche "Nazisme et Dialogue", les autres étant

  • les royalistes (Restauration Rapide)
  • les lepénistes (Nazisme & Dialogue)
  • les sarkozystes (UMP, Union des Moutons de Panurge); anciennement : les chiraquiens (RAPOURI, RAssemblement POUr RIen)
  • les centristes (CDPD, Centre Démocratique pour le Progrès et le Développement)
  • les ségolénistes (Désirs de Gauche Adroite); anciennement : les mitterrandistes (Vénération Mitterrand)
  • les écologistes (Verts de Terre)
  • les altermondialistes (GAL, Gauche Antilibérale)
  • l'extrême gauche d'inspiration maoïste (Union des travailleurs pauvres et moyens-pauvres de la couche inférieure (ml))
  • les nouveaux philosophes (CePACon, Cercle Philosophique d'Action Contemplative)
  • les antiracistes (France-peluche)  

Chacun des groupes étant "annimé"par un membre de JALONS.

Mais puisque l'on vous dit que c'est de l'humour...

Frigide Barjot quand à elle déclare avoir trouvée la Foi le jour de la mort de Jean-Paul II.

Il s'agit dans les faits de prendre la défense du nouveau pape dans son rapprochement avec les évêques shismatiques issus du Lefebvrisme ou dans sa levée de l'excommunication de l'évêque négationniste anglais Mgr Williamson.
Elle crée un groupe Facebook intitulé "Touche pas à mon Pape !" à cette occasion :

https://www.facebook.com/groups/54223942483/?ref=ts&fref=ts

et prend la défense du Pape fece à l'affaire "du majordome" :

http://vimeo.com/44208126#  ici chez Thierry Ardisson.

 Sa proximité avec le catholicisme intégriste ne date cependant pas d'hier.
Le couple Tellem Frigide Barjot-Basile de Kock a été marié par Georges de Nantes ou l'Abbé de Nantes, fondateur de la Contre-Réforme Catholique (CRC) classifié comme secte en 1998 avant que le jugement ne soit cassé en 2005, Maurassien de toujours, Pétainiste sous Pétain, ce qui lui vaudra quelques ennuis avec sa hiérarchie en 1950, et ardent défenseur de l'Algérie française.
Il sera le seul prêtre à défendre publiquement l'usage de la torture.
Il s'opposera avec véhémence au concile Vatican II et n'aura de cesse de dénoncer l'église devenue selon lui « Mouvement d'Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle » (MASDU) ou « forme moderne de l'Antéchrist éternel »"...
"les communautés des Petits Frères du Sacré-Cœur de Jésus" connaitront une crise en 1989 lors du départ de dix moniales et d'un moine dénoncant les sévices sexuels de leur supérieur....

A la lumière de ses amtiés politicos-religieuse, l'engagement de la star des antis mariage pour tous s'explique mieux ..

L'on ne peut cependant que regretter la place que lui donnent les grands médias : ici Canal +, mais aussi Radio Notre-Dame, Le Monde, Libération, Le Figaro, France 3,.. qui ont accordé une large audience à une vieille militante de l'extrême-droite la plus nauséabonde..

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9 décembre 2012

Désespérer Florange...

les-salaries-de-florange-qui-attendaient

Pendant la campagne électorale le candidat François Hollande, juché sur le toit d'une camionette devant les ouvriers de Florange, déclarait :

" je suis prêt à ce que nous déposions une proposition de loi qui dirait la chose suivante : quand une grande firme ne veut plus d’une unité de production et ne veut pas la céder, nous en ferons obligation. "

Le président François Hollande, en concluant un accord avec le financier Mittal qui n'a tenu aucun de ses engagements passés et dont on sait pertinemment qu'il ne tiendra aucun engagement futur vient de fouler aux pieds les promesses du candidat.

On le sait : les promesses électorales n'engagent que ceux qui y croient.

Mais au delà de l'adage, en laissant un de ses ministres, Arnaud Montebourg, promettre une nationalisation aux ouvriers de Florange, qui a résonnée comme un espoir à la fois aux oreilles de ceux-ci mais aussi du "Peuple de Gauche" avant de laisser son Premier Ministre le désavouer sèchement, François Hollande a commis une erreur politique qu'il trainera tout au long de son quinquennat.

Triple erreur en fait.

-celle d'abord de faire semblant de croire qu' en mettant la sidérurgie Lorraine dans les mains d'un financier et non d'un industriel, les intérêts du Capital ne primerons pas sur ceux de l'avenir du site.

-celle de communiquer sur le projet "Ulkos" avant que l'on apprenne que ce n'est plus à l'ordre du jour.

-celle enfin d'avoir tenté de faire oublier la social-démocratie libérale au profit d'une vraie politique de gauche.

Les larmes et l'émotion du délégué CFDT du site, Edouard Martin sont révélatrices de cet espoir brisé. Sa colère et la détermination des ouvriers et de l'intersyndicale de Florange à "être le cauchemar du gouvernement" une menace durable pour le Gouvernement et une promesse qui sera tenue celle-là, à soutenir.

Il ne s'agit aujourd'hui plus de négocier avec Mittall.

Négocier quoi ? L'homme a déja fait ses preuves à Gandrange malgré les promesses du Président de la République de l'époque, avec l'issue que l'on connait.

Aux côtés des ouvriers et de leur intersyndicale, exigeons la nationalisation de Florange !

Une nationalisation définitive.

De Gaulle d'abord, Mitterand ensuite, pour des raisons différentes, y ont eu recours. Ce ne serait plus possible ? Ce n'est plus à la mode ou dans l'air du temps ?

Il serait bon que François Hollande se souvienne qu'il n'a pas été élu qu'avec les seules voix socialistes : s'il a perdu la mémoire, ce n'est pas notre cas !

8 décembre 2012

Communiqué du Front de gauche sur le mariage pour toutes et tous

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Communiqué du Front de gauche sur le mariage pour toutes et tous

Crédit Photo: 
DR

Le Front de Gauche réaffirme son exigence absolue d’égalité des droits et ce, quelle que soit l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des personnes. Celle-ci passe par la possibilité pour tous les couples de se marier, d’adopter des enfants ou de garantir à leurs enfants déjà présents la filiation avec l’ensemble de leurs parents.

Il s’inquiète des limites déjà manifestes dans le projet de loi dit du mariage pour tous, notamment concernant la non ouverture de la procréation médicalement assistée pour les couples de femmes, la non reconnaissance de la parenté conjointe hors mariage (y compris dans le cadre du PACS) ou le refus de faire évoluer la présomption de paternité en présomption de parenté adaptée à l’exigence d’égalité des droits étendue aux couples de personnes de même sexe.

Il condamne le recul de François Hollande, avant une nouvelle volte-face, sur la "clause de conscience" qui ouvrait la possibilité pour les maires de refuser des mariages entre deux personnes de même sexe dans leur commune. Une telle attitude ne peut que conforter les préjugés et renforcer le camp des opposants au mariage pour tous. Il s'agit en outre d'une entorse grave à l'égalité républicaine sur tout le territoire.

En revanche, la droite, main dans la main avec l'extrême droite, les forces de la réaction, au premier rang desquelles les secteurs ultras de l'Eglise catholique, s’organisent pour faire échec au projet de loi gouvernemental.

Le Front de Gauche dénonce avec force les agressions physiques perpétrées par des intégristes catholiques le dimanche 18 novembre contre des militantes féministes, des journalistes. Pas question de se laisser intimider !

Le Front de Gauche soutient les mobilisations en préparation le 16 décembre prochain pour défendre le droit au mariage pour toutes et tous, à l’initiative de collectifs et d’associations lgbti et féministes, et de toutes les forces associatives, syndicales et politiques attachées à l’égalité des droits et la lutte contre les discriminations.

Front de gauche

 

8 décembre 2012

Donner au Téléthon ?

La question peut légitimement se poser.

Faut-il continuer à encourager de fait l'Etat à ne pas investir dans la recherche sur les maladies rares ?

Faut-il continuer à encourager l'Etat à ne pas, ou mal, payer des chercheurs et généticiens qui y consacrent leur carrière ?

Faut-il continuer à encourager l'Etat à ne pas investir dans des structures d'acceuil dignes de ce nom en France ?

Pour exemple, un enfant qui a besoin d'une place en Institut Médico-Educatif (IME) doit patienter deux ans sur liste d'attente... Deux ans où de fait entre la CLIS et l'IME il n'est plus scolarisé ni pris en charge par une structure collective quelconque.
Deux ans où sa vie sociale est inexistante : ses petits copains et copines sont perdus de vue et il ne connait pas encore les nouveaux.

Deux ans où un des parents -le plus souvent la mère- doit s'arrêter de travailler pour faire un travail d'éducatrice à l'aide de manuels scolaires afin que l'enfant garde ses acquis.

Il aura ensuite "le droit" de travailler dans un ESAT (ex CAT) où l'on demandera d'être aussi productif qu'un travailleur dit "normal"...

A moins de déménager en Belgique où les structures existent comme le font certains parents, notre réalité est celle de la gestion de la misère du handicap.

Non pas du handicap en soit : nos enfants sont malades, nous les aimons, nous en occupons, faisons tout pour les stimuler et bien souvent ils font preuve d'une intelligence et d'une sensibilité rare.

Mais du manque endémique de moyens d' "année du handicap" en "année du handicap"... où rien n'évolue.

Alors oui nous créons nos propres associations, nos propres structures en fonction des besoins de nos enfants.

Oui, malgré tout, chaque année nous organisons le Grand Cirque Télévisé pour receuillir vos dons.

Parce que nous n'avons pas le choix.

Parce que le Généthon n'a été financé que par vos dons, l'Etat n'y mettant pas un centime de Franc ou d'Euro, faisant peuve d'une constance immuable dans l'indifférence...

Parce que les premières thérapies pour les maladies rares les moins rares commencent à apparaître.

Parce que nous parents avons toujours l'espoir d'une guérison un jour... et que nous l' ôter serait nous tuer.

Mais notre appel à votre charité n'a d'égale que notre colère !

A quand un financement de la recherche, de l'éducation, de l'acceuil de nos enfants Monsieur le Président qui vous dites "socialiste" ?

Nous attendons des actes !

 

 

7 décembre 2012

C'était il y a 26 ans, c'était hier...

Il y a 26 ans avait lieu une mobilisation étudiante historique depuis Mai 68.

Nous l'avions si bien compris que les pancartes fleurissaient dans les manifestations, portant quatre chiffres : 68/86.

Plus que de retrait d'un projet de réforme de l'université, point de départ du mouvement, nous rêvions, nous aussi de changer le monde comme nos parents avant nous.

Nous étions Trotskystes, Anars ou rien du toutistes, mais unis dans une immense fête étudiante depuis deux mois où nous apprenions les occupations d'Université, l'Autogestion , la confection d'immenses plats de riz ou de pâtes, les chansons de Thiéfaine, la marche à pied quotidienne et interminable dans Paris, l'amour pour certains et certaines et la confection de cocktails Molotov.

Nous avions 20 ans peu ou prou et nous vivions une fabuleuse expérience collective à la Sorbonne, à Jussieu, à Nanterre ou en province.

Nous apprenions les Assemblées Générales... et comment emporter les décisions en les faisant durer toute la nuit.

Nous apprenions la tactique, la dialectique et la Politique et je venais d'adhérer aux JCR.

Nos manifestations étaient jeunes, joyeuses, "insolentes et drôles" dirait Lavilliers.

Jusqu'au 6 décembre 1986.

J'étais dans le S.O de tête, relié par Talkie-Walkie à défaut de téléphone portables à l'équipe médicale et à différents points de la manifestation. Lorsque nous arrivâmes aux Invalides, devant les Grilles dressées pour nous interdire l'accès à l'assemblée, le chiffre incroyable tomba.

UN MILLION !

Nous étions un million dans la rue ! Et la queue piétinait toujours Place de la Sorbonne !
Nous étions une foule, une masse innombrable qui disait : NON !

Nous nous regardions à moitiés incrédules de notre réussite, le sourire aux lèvres, en tentant de résister et de contenir la poussée des manifestants, à moitiés ettouffés par les barrières qui se rapprochaient. Mais ce n'avais pas la moindre importance !

Jusqu'aux premiers tirs tendus de grenades lacrymogènes qui nous ettoufèrent et provoquèrent une colère que nous ne pouvions plus contenir et que nous partagions. Les informations sur le nombre de bléssés se succédaient. Un mec avait eu l'oeil crevé, un autre la main arrachée...

Le Service d'Ordre se disloqua, la fête devint émeute.

Des cars de CRS furent incendiés, des projectiles lancés, les Invalides portèrent bien leur nom tant le nombre de blessés continuaient d'augmenter.

Nous n'avions oubliés que deux noms, certains de notre victoire après une telle mobilisation : Pasqua-Pandraud. Le couple répréssif du gouvernement Chirac qui n'avait de réponse que ses CRS à notre joyeux bordel estudiantin.

"Repli général sur le quartier latin !"

J'ignore toujours qui a lançé le mot d'ordre, si même il a été lancé par quelqu'un : naturellement, comme les générations qui nous ont précédés, nous trouvions refuge "au" quartier, chez nous.

Place de la Sorbonne.

Un chantier voisin fournit aux quelques centaines -et non 50 comme le dirent les JT !- d'irréductibles qui continuèrent les affrontements en se repliant de quoi fabriquer une barricade, des voitures furent retournées, les échanges de grenades lacrymogènes contre cailloux et cocktails Molotov commencèrent.. Du classique, tant de fois connu avant nous et renouvelé depuis ..

Le cycle policier provocation / réaction/ répression qui sert à tout justifier.

"Ce n'était pas des étudiants mais des casseurs" avons-nous entendu sur les télés et les radios le lendemain... Nous avions pourtant l'impression d'être étudiants...

Puis un bruit de moteurs qui montait du bas du Boulevard Saint-Michel, les voltigeurs, la débandade générale.

Un mec me chopa par la main, et se mit à courir, je le suivis perdant une copine au passage mais l'heure était plus au sauve-qui-peut qu'à la drague dans le romantisme des barricades.

Nous fîmes des tours, des détours, primes des ruelles, des passages , des escaliers en courant :"Le quartier" était presque hermétiquement bouclé. Pas tout à fait cependant : nous arrivâmes à Denfert au Lion de Belfort. Plus de flics. Le Boulevad Arago, les grilles du Jardin des Plantes à escalader une première fois pour y entrer, une deuxième pour en sortir : nous étions à Jussieu. Sains et saufs.
D'autres y avaient trouvés refuge avant nous, la radio marchait à l'étage occuppé : il y avait un mort.

Malik Oussekine, un type qui n'était même pas manifestant et rentrait chez lui Rue Monsieur le Prince.

Tabassé par les flics parce qu'arabe.

Les détails n'arrivèrent que le lendemain : il était sous dialyse. La déclaration scandaleuse de Pasqua aussi : "si j'avais un fils sous dialyse, je le laisserait pas faire le con la nuit".

Le lendemain, le projet de Loi Devaquet était retiré, les voltigeurs dissous et la victoire amère.

Hier, la qurantaine avancée, nous avons pensé à une tombe au Père-Lachaise.

Nous n'oublions pas le cri de rage qui fut celui de nos milliers de bouche lors de la manifestation silencieuse qui le resta deux minutes le lendemain : "Malik est mort assassiné !".

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5 décembre 2012

Tahiti Blues en lecture libre.

Ce petit recueil de 2 nouvelles vous plait ?

Vous pouvez le commander ici : http://www.thebookedition.com/tahiti-blues-jane-fenuanova-p-69782.html


Tahiti blues

nouvelles et textes polynésiens


Du même auteur

Les Sulfureuses, The Book, 2011

A paraître courant 2013 :
La légende Arthurienne expliquée aux enfants (et à leurs parents)



Tahiti blues

nouvelles et texte polynésiens

Jane Fenuanova.



ISBN : 978-2-95399309-1-7
©Jane Fenuanova.
Œuvre protégée, toute reproduction par tous moyens, sur tous supports, interdite.

Contact : flora.villon@hotmail.fr


À mes parents grâce à qui j’ai eu la chance de passer mon adolescence en Polynésie.


A Chloé et Marie Avrillon pour leur combat.


À ma compagne.


Le contenu de ce livre est explicite et peut choquer les plus jeunes.

-16





Lecture recommandée par l’auteure aux plus de seize ans.





 

 

Lexique Tahitien-Français en fin d'ouvrage : consultation recommandée avant la lecture.



PARTIE 1


BLUE PACIFIC





Chapitre 1


Nous étions mariés depuis l’âge de vingt ans. L’âge d’avoir des enfants, de les voir grandir, puis quitter la maison... Les années s’étaient écoulées, impitoyables. Notre cou-ple aussi avait changé. Pitoyable...
De l’amour fou nous avions eu le temps de passer à l’indifférence, de l’indifférence à l’adultère.

Elle collectionnait les conquêtes masculines, moi féminines, d’un soir, ne sachant plus qui avait commencé. Parfois, cependant nous nous retrouvions pour un moment dans le lit conjugal, devenu le sien, faisant chambre à part le reste du temps.

C’est moi qui avais eu l’idée de ce voyage...
Une promotion à la boite m’avait propulsé chez les cadres très supérieurs : le salaire et les primes qui allaient avec m’offraient de nouveaux horizons.
J’avais consulté le catalogue de voyages que proposait le Comité d’Entreprise. La Grèce, la Tunisie, la Jordanie... et puis Tahiti. Mon rêve de Pacifique Sud, j’ignorais pourquoi, des lectures de gosse peut-être. Robinson Crusoé, Les révoltés du Bounty... l’idée me fit sourire.

Je choisis le top du luxe pour l’hôtel.

L’occasion de “se reconstruire”, de “repartir à zéro” et toutes ces conneries de magazi-nes...
Elle avait été enthousiaste dès le départ, et puis... “Ça nous fera un beau voyage, n’est-ce- pas ?”
Je détestais ce tic de langage qu’elle n’avait pas lorsque nous nous sommes connus.
“N’est-ce-pas ?”
J’opinai du chef, me replongeai dans les “pages saumon” du Figaro, lecture désor-mais indispensable à mon statut.
Avant je lisais “Libération”, jeune Trotskyste “Rouge”.
Je balayais ces souvenirs peut-être parce qu’ils nous étaient communs. Et puis c’est la vie... j’étais devenu un bourgeois bien ins-tallé, avec une maison de campagne où nous ne mettions plus jamais les pieds, et un studio à Meribel que je louais.

Je fis la réservation une semaine après, payais cash les quinze mille Euros des quin-ze jours que nous allions passer au Paradis.
Deux mois plus tard, nous atterrissions à l’Aéroport International de Tahiti-Faa’a, via Los Angeles.


Chapitre 2


Au sortir de vingt heures dans deux avions, gelés par la climatisation, une bouffée de chaleur, de moiteur, d’odeurs nous accueillit.
Le collier de fleurs dont j’ignorais encore le nom, tiare contribua plus encore à cette agréable nausée qui m’envahit, offert par des vahine trop souriantes en “costume tradi-tionnel”.
Nous fûmes expédiés en minibus jusqu’à l’hôtel.
Je m’endormis comme une souche en arrivant au fare qui nous était dévolu. Elle s’endormit même avant moi... douze heures de décalage horaire, le besoin de reprendre nos marques.
Au réveil j’étais seul, le soir était tombé.
Le buffet fût le bienvenu, je mourrais de faim et m’adaptais à l’heure et à la gastronomie polynésienne, dédaignant la nourriture “inter-nationale” sur laquelle se jetaient la plupart des touristes sous le regard un peu mépri-sant des serveuses.

L’une d’elle me sourit, posa une carte de visite sur la table, discrètement.
J’y jetai un coup d’œil, une publicité pour un bar de nuit de Papeete : le Blue Pacific.
Je relevai la tête, la serveuse avait disparu, repartie à son travail. Sans doute était-elle payée pour faire du rabattage auprès des clients supposés célibataires... ça me fit sou-rire.
Je mis machinalement la carte dans ma po-che.
En observant la salle, j’aperçus ma femme, déjà en maillot de bain, faisant la queue au buffet international. Je lui fis signe et elle me rejoignit après s’être copieusement servie.
La conversation fût curieusement agréable, ponctuée par les dépliants de l’hôtel, les pro-jets de promenades autour de l’île, de décou-verte du lagon, de plongée au milieu des requins...
Je lui proposai une visite du marché de Pa-peete.
Elle accepta avec enthousiasme.
Nous rentrâmes ensemble, faisant l’amour dès notre arrivée, avec passion.
Comme autrefois... je me mis à y croire.

Chapitre 3


La première semaine fut merveilleuse... Nous nagions des heures ensemble, durant la journée dans le lagon, le soir dans la piscine à débordement de l’hôtel. Nous nous éclaboussions comme des gamins, riions aux éclats, nous embrassions et rentrions faire l’amour...


Je pensais l’avoir reconquise.


Tout s’est gâté le week-end... Nous avions décidé de sortir un peu de l’hôtel pour un tour de l’île en 4x4. Les cascades, la vue du belvédère, le spot de surf de la presqu'île, un déjeuner dans un petit restaurant qui faisait un four tahitien, la nourriture enveloppée dans des feuilles de bananier puis cuite à l’étouffée sur des pierres volcaniques posées dans un trou creusé sur la plage, ensuite comblé...


La petite paillote qui nous attendait...


Le programme avait l’air merveilleux... Le guide qui prit le volant l’était aussi, je dois l’avouer. “Demi Tahitien et Chinois, fin et musclé, un teint magnifique... il m’impres-sionna, me troubla un peu...


Une sensation curieuse d'attirance inavouée que je n'avais jamais éprouvée...


Elle... elle ne le quittait pas des yeux. Posant mille questions, saisissant le moindre pré-texte pour se rapprocher de lui...



Notre retour fut pire. Le repas en tête-à-tête silencieux, le retour au fare sans un mot.
Nous nous couchâmes sans rien dire.
J’essayai de la prendre dans mes bras, elle me tourna le dos prétextant un mal de crâne imaginaire dû au soleil. Je restai éveillé, repensant à la beauté stupéfiante de notre guide, la comprenant... presque.


Elle dut croire que je dormais. Je l’entendis se masturber, gémir doucement, puis hale-ter.
Je devinai quand elle jouit. J’étais excité, commençai à faire doucement de même pour ne pas qu’elle m’entende... Puis arrêtai, me sentant ridicule. J’écoutai sa respiration qui se fit de plus en plus régulière. Lorsque je fus certain qu’elle dormait je me levai, m’habillai.



Le bar de l’hôtel était vide. Il fermait une heu-re plus tard. Je bus deux whiskys en dis-cutant avec le barman. Il refusa poliment mais fermement de m’en servir un troisième.


    ─ C’est l’heure monsieur, je vais fermer...
Le souvenir de la carte de visite me revint à l’esprit. Je la sortis, lui montrai.


    ─ Vous connaissez ?


Il eut un sourire...


    ─ C’est un endroit... spécial, mon-sieur. Si vous voulez vous y rendre... je vous appelle un taxi ?



Il avait aiguisé ma curiosité, je n’avais pas envie de rentrer dormir, la nuit était devant moi.
J’acceptai.
Dix minutes plus tard le taxi arriva. Il me dé-posa sur le port, me soulageant de 300.000 Francs CFP, prix que je soupçonnai d'être un peu exagéré.


Devant le Blue Pacific.


Je consultai la carte, elle était simple : cham-pagne à 22.500 Francs CFP. Je calculai rapi-dement, environ 200 euros...


Je haussai les épaules, sonnai. Un guichet s'entrouvrit, le videur me dévisagea. Puis la porte s'ouvrit.

Chapitre 4



J’entrai.
L’établissement était à la fois de mauvais goût et vieillot. Des banquettes rouges, éclai-rées par des appliques de la même couleur qui donnaient une lumière tamisée, de peti-tes tables rondes tout aussi rouges que le reste. La boite était déserte, j’étais manifes-tement le seul client de la soirée.

Quatre femmes, des prostituées ou des hô-tesses, étaient assises au bar. J’en vis une... je pense que j’en tombai amoureux tout de suite...

Je ne pouvais la quitter des yeux.

Elle se leva lentement en me souriant, com-manda d’office une bouteille puis se dirigea vers sa table.

Ses hanches ondulaient, ses yeux étaient d’une beauté à se noyer dedans, les che-veux lui arrivaient presque jusqu’aux fesses.
Elle s’assit près de moi en souriant.


    ─ Iaorana... tu m’offres un verre ?


Je balbutiai une réponse sans la quitter des yeux, lorsque je sentis sa main sur ma cuis-se...
Mon excitation monta instantanément.


Je tentai de l’embrasser, empli de désir, elle se déroba en tendant la joue.


    ─ Non chéri, pas avec les clients...


Elle était honnête, je n’étais qu’un micheton de passage. Rien de plus. Cette réalité me fit mal.


Je redescendis instantanément sur terre, bus deux coupes de mauvais champagne coup sur coup. Je lui en offris, elle accepta.


    ─ Une autre bouteille ?


Sans attendre mon accord elle leva le bras, faisant signe au barman.


J’admirais sa peau si belle...


    ─ Tu connais le paka ?


Non... suis moi alors...


Comme hypnotisé je la suivis dans les toi-lettes, la vis sortir un joint tout roulé du  jus-taucorps qui moulait sa poitrine.


Elle l’alluma en souriant, tira quelques bouf-fées puis me le tendit en souriant...


    ─ Tiens goûte, ça pousse ici ça...


Je le pris en hésitant, me souvins de mes années étudiantes, j’en avais fumé une ou deux fois, je tirais dessus à mon tour. Cela me fit tousser, la fit rire. La fumée embaumait la petite pièce. La sensation était agréable.


    ─ Je suis raerae, tu sais...


Je la regardais sans comprendre ce qu’elle me disait.


    ─ Un tane si tu préfères, un homme...


Elle me prit la main, la posa sur son entre-cuisse, alors seulement je compris...


Comme avec le guide le matin, je sentis mon corps réagir, des sentiments contradictoires m’assaillir. Loin de retomber comme je l’a-vais toujours cru, mon excitation augmenta, devenant visible à travers mon pantalon lé-ger.
L’idée de faire l’amour avec un homme ne m’avait jamais effleuré l’esprit. J’étais tolérant...mais, non pas moi, c’était impos-sible !
Et pourtant..


Pourtant mon désir allait toujours croissant, j’avais envie de lui, de me faire faire l’amour. J’ignorai dans quel sens, comment... Il, elle s’aperçu de mon trouble, elle, il me sourit.


    ─ Tu ne me trouves pas belle ?


Provocante, elle me caressa un bref instant.
Elle me prit la main, ma tête tournait, elle me ramena sur la banquette.


Je surpris un sourire échangé entre le patron et... je ne savais son prénom, je réalisai que je ne lui avais pas demandé. Le champagne, l’herbe, cette révélation, j’étais peut-être... pédé.
Tout se mélangea, je me laissai servir du champagne, déboussolé, j’appréciai la dou-ceur de ses gestes féminins, de ses bras qui entouraient mon cou. Je ne pus retenir un baiser sur son bras. Elle me caressa la joue d’une main douce, accroissant mon désir à me faire mal...

Inconsciemment, je portai la main à mon sexe douloureux, grimaçai.
Une main douce remplaça la mienne, me ca-ressant à travers le lin de mon pantalon blanc...
Je la regardai, incrédule. Elle me sourit, me chuchota :
    ─ Tu es gentil, toi... tu veux venir dans mon fare ? Ça va fermer ici...
Je ne répondis pas, ouvris la bouche sans pouvoir parler, lui fit juste un hochement de tête affirmatif.
    ─ Rejoins-moi derrière, une petite porte, tu verras. Allez pars !
J’allai régler la somme astronomique que je devais au bar, puis sortis, hagard.


Chapitre 5

Maintenant que j’étais dehors, j’hésitai sur la conduite à tenir. La suivre, je ne savais pas où, dans un traquenard peut-être...mais elle, il était si désirable !


J’hésitai laissant mes pas me guider vers la direction supposée du centre plus animé de Papeete, à travers le dédale du port, des-saoulant un peu.


Un coup de klaxon, la voiture ralentit à ma hauteur.
Elle passa sa tête par la fenêtre, me sourit...
    ─ Je te dépose... ? Tu vas te perdre là...
J’hésitai, puis attribuai au destin cette nou-velle rencontre... je ne lui échapperai pas.


Et puis... mon envie, mon désir était bien là, je devais arrêter de me mentir. Elle, il m'attirait.
Je lui souris, montai dans la voiture. L’auto-radio passait une musique faite de chœurs magnifiques.


    ─ Tu  veux plus venir avec moi ?


Le ton était déçu, sa voix douce roulant les "r".


Je ne répondis pas... lui caressai la joue puis l'embrassai.
Elle se laissa faire cette fois, puis me sourit.


    ─ Petit popaa... tu es gentil, il ne faut pas être timide.


Une vague de pensées me submergea. La découverte d'une nouvelle sexualité, de nou-veaux désirs, la chaleur moite de la nuit qui s'estompait laissant le soleil se lever, ma femme qui avait dû se réveiller durant la nuit et constater mon absence, mon envie de res-ter, ne plus repartir quel que soit le prix à pa-yer... tout cela se mélangeait et me troublait.


Je songeais à mon travail, à mon couple boiteux, à la routine qui m'attendait de nouveau au retour.


Brusquement j’eus envie de tout plaquer, de rester ici, près d'elle... Ma femme se conso-lerai vite de mon absence, je lui laisserais tout, mon PEL bien garni devrait me permet-tre de vivre au moins un an ici, en attendant de trouver un travail...


La voiture s'arrêta avenue Bruat à une station de taxi.


    ─ D'ici tu vas pouvoir rentrer à ton hôtel...


J’hésitai, lui caressai la joue, l'embrassai soudain avec une fougue que je ne connais-sais plus depuis longtemps.


    ─ Non... je n'ai pas envie... emmène- moi chez toi.


Elle se mit à rire.


    ─ Vous êtes tous pareil les popaa... vous savez pas ce que vous voulez...
mais tu es gentil toi. Tu t'appelles comment ?


Je répondis par un "Jean" timide...


    ─ Hiro, c'est plus joli... je t'appellerai Hiro. Moi c'est Maeva...



Elle redémarra la voiture, cinq minutes après nous nous arrêtions devant un fare modeste dans un quartier populaire de Papeete.
Tous étaient construits sur le même modèle rectangulaire, avec un toit en tôle, des maté-riaux légers.


Le jardin éclairé par le soleil levant était somptueux.
Au milieu des hibiscus, des bougainvilliers, des tiares trônait un vieux manguier dont les fruits ne demandaient qu'à être cueillis. Elle me prit la main, doucement, me fit entrer.
Un canapé et deux fauteuils aux coussins à fleurs entouraient une petite table basse en rotin.
    ─ Tu veux du paka ?


J’acceptai, naturellement, je me sentais se-rein.
Tandis qu'elle roulait le joint, je me rappro-chai d'elle, l’enlaçai, accroissant de nouveau mon désir. Je posai la tête sur son épaule.
    ─ Je suis bien avec toi...


Elle se retourna, me fit un baiser, me tendit le joint après avoir tiré dessus.


    ─ Moi aussi pei ! Tu bats pas les femmes toi...


Elle me sourit.


    ─ Non jamais. Et puis, je t'aime trop, toi.
Je me rendis compte aussitôt de ce que je venais de dire, de cette déclaration d'amour à un homme...


Je lui donnai de nouveau le joint, elle le prit, tira les dernières bouffées, puis m'embrassa.


Je ressentis une tendresse oubliée dans ce baiser, c’était magique, plein de douceur.



Je la suivis dans la chambre, la laissa se déshabiller, la regarda ôter ses vêtements. Son justaucorps moulant enlevé révéla sa poitrine, ronde, belle, attirante, dont les tétons pointaient. Sa mini-jupe et son string enlevé révélèrent son sexe.


Un sexe d'homme dressé déjà.


Mélange étonnant et attirant, mi-femme, mi-homme, quelque part dans l'entre-deux gen-res.


Mon désir s'accrut encore. Ce fut naturelle-ment que je le mis en bouche, caressant son gland du bout de ma langue, le suçant avec gourmandise. Lorsque je recueillis les pre-mières gouttes de sa jouissance, j’en appré-ciai le goût douçâtre et sucré, fermant les yeux de plaisir. Un peu honteux, si tenté de continuer...


Ses bras fermes m'allongèrent sur le dos, me maintenant les bras. Je sentis sa poitrine contre la mienne, puis ses mains écarter mes jambes. Je me laissais faire, rouvrit les yeux dévorant son sourire.


Elle me mordilla les tétons, m’embrassa à nouveau me maintenant les jambes écar-tées. Je sentis ses doigts me caresser et m’enduire d’un produit gras là où la veille encore cela aurait été inenvisageable. Contrairement à ce que je croyais la péné-tration ne me fit pas mal, provoquant au contraire une vague d'amour irrésistible.


Je jouis trop rapidement, m'en voulus.


Elle s'allongea près de moi, je m'endormis dans ses bras comme un enfant.


L'odeur du café me réveilla.


Une gueule de bois monstrueuse me vrillait la tête. Je me souvins brusquement de ma nuit de la veille, de ce que j’avais fait.


Sans un mot je bus trois bols de café, pris une douche froide, cela allait déjà mieux.


Je réfléchis longuement, me blottissant contre elle qui respectait mon silence. Non, rien ne m'obligeait à rentrer. Mon amour était là, près de moi, je voulais être... sa femme.


Une lettre à l'hôtel suffirait pour rompre définitivement. Ma future ex-épouse ne me retiendrait pas, je demanderai le divorce avec une pension alimentaire généreuse. Elle ne refuserait pas.


Lorsqu'elle me refit l'amour, je fus conforté dans cette certitude, c'était si bon, une sen-sation de plaisir comme je n'en avais jamais éprouvé avec les femmes que j’avais con-nues. Le sentiment d’avoir gaspillé des an-nées qu’il me fallait rattraper.


Elle sourit quand je lui avouai.


    ─ Hiro, ma petite vahiné... si tu veux.
Tu es un vrai mahu popaa toi.

J’ignorai ce que cela signifiait.


Je lui pris la main, lui demandai des vête-ments de femme, la laissa me maquiller, allai me raser de près.


À Faa’a le jour où je devais repartir, nous regardâmes de loin l'avion décoller.


La vie commençait.


Enfin.

***

PARTIE 2


DARK OCEAN





Chapitre 1





Mes dix premières années avec Maeva fu-rent un bonheur inimaginable.


J'avais de l'argent. Elle avait cessé son tra-vail d'entraineuse, pris des cours de danse et faisait maintenant partie d'un groupe se pro-duisant dans un hôtel.


J'avais pour ma part monté ma boite de Tee-shirts pour touristes, florissante.



Je m'étais laissé pousser les cheveux jusqu'aux fesses. Mon bronzage ne me per-mettait pas de rivaliser avec sa peau mate, mais m'embellissait. La prise d’hormones m'avaient transformé : j'avais désormais une belle poitrine, était passé de il à elle en l'es-pace de deux ans.


Rapidement, je fus connu dans le quartier, puis par les noctambules de Papeete comme le "mahu popaa".


Les sourires qui m'accueillaient étaient cha-leureux, sans le mépris que j'aurais pu trou-ver en métropole.


Mes clients popaa eux pensaient avoir affai-re à une femme, trompés par mes mains fi-nes et mes poignets étroits.


J'avais fait l'acquisition d'un petit fare à Moo-rea, où nous passions notre week-end, essentiellement à faire l'amour. Nous ima-ginions sans cesse de nouvelles façons de prendre du plaisir, de repousser nos limites...
Comme je le souhaitais, comme elle l'es-pérait, je crois, j'étais devenue sa femme, passant de Jean à Hiro, de Hiro à Heifara...

Nous avions également déménagé pour un quartier résidentiel, quittant le fare de carton et de tôle pour un cinq pièces climatisé.


Belles, amoureuses, avec de l'argent, nous étions les reines...


Nos cinquante ans sonnèrent le glas de no-tre bonheur.


Presque simultanément Maeva perdit son emploi de danseuse, jugée trop vieille pour plaire aux touristes qui voulaient de jeunes vahinés...


Comme sur les cartes postales qu'ils renver-raient chez eux ou leurs souvenirs numéri-ques stockés sur ordinateurs.


Six mois plus tard ma boite périclita.


La crise économique qui frappait le pays en eu raison comme de nombreuses autres. Mon stock de Tee-shirts, revendu au prix de gros ne me rapporta que la moitié de ce que je l'avais payé. Quant à mon PEL, tout était passé dans l'achat de notre fare de Moorea dont nous dûmes nous séparer. L'argent nous permit de vivre quelques temps...
Puis il fallut vendre l'appartement pour un logement plus petit, plus modeste surtout.


Nous revînmes à un petit fare dans les quar-tiers populaires de Papeete. Cela nous fit sourire au début. Nous nous retrouvions dans la même situation, presque sur les mê-mes lieux que lors de notre première ren-contre.


J'allais souvent pêcher, revendant les plus belles pièces au marché de Papeete, gar-dant les autres pour nous.


Maeva s'était chargée de planter tarot, ma-nioc et patates douces dans le jardin, nous permettant de vivoter.


L'argent nous servait aux produits de pre-mière nécessité, parmi lesquels des quanti-tés astronomiques de Hinano.


Nous commencions toutes les deux à picoler sérieusement.

Nous ne le pressentions pas encore.


Mais notre lente chute commençait...


Chapitre 2

Je ressens encore la surprise, la douleur de sa première gifle.


Depuis quelques jours elle me reprochait le manque d'argent, de sorties, auxquelles je l’avais habituée lors de nos jours fastes.


Comme d'habitude, je haussais les épaules, décapsulais une nouvelle Hinano…


Je ne vis pas le coup partir. Elle me traîna vers le lit, à travers la pièce, me frappant plus violemment.


Je crus au début à un jeu érotique plus viril que d'habitude.


Je l’encourageais, l'excitation montant en moi, comme toujours lorsqu'elle m'attachait, sortait le martinet.


Le désir savamment dosé, à la limite de la douleur et du plaisir...


Puis je compris qu'elle ne jouait pas. Ses coups redoublaient, me faisaient mal, vrai-ment mal. Je la suppliais en larmes d'arrêter, me mis à crier de douleur. Lorsque les coups cessèrent enfin elle resta immobile, comme consciente enfin de sa violence.


Elle s'allongea près de moi, se dénuda, s'ex-cusant, me parlant de colère et d'amour.


Je lui pardonnais instantanément. Je lui sou-ris, pris son sexe dans ma bouche, le dégus-tai longuement.


Lorsqu'elle me prit, j'explosais de plaisir.


Nous restâmes longtemps à faire l'amour, puis, à nous regarder, à nous sourire, multi-pliant les baisers, les caresses.


De la violence elle était passée à une ten-dresse que je connaissais bien. Cette virilité féminine qui m'avait séduit dès le premier soir au Blue Pacific, lorsque j'étais encore un homme...


Cela me semblait si loin...


Lorsque je lui en parlai, elle me prit tendre-ment dans ses bras.


    ─ Mon petit Hiro, ma petite Heifara... Je ne m'étais pas trompée ce soir-là. Moi aussi je trouve ça loin tu sais... tu as telle-ment changée ma vahiné, mais tu es resté le même...


Je ne crois pas qu'elle se rendit compte à quel point je fus émue par ses paroles.


Elle me sauta au coup lorsque je lui proposai d'aller en amoureuses au restaurant. Aita-peapea ! L'argent était fait pour être dépensé après tout. Et c'est vrai que cela faisait long-temps que nous n'étions pas sortis.


Elle avait raison, comme toujours...


Nous allâmes dans un des bons restaurants de Papeete, dont la serveuse, une mahu, était une amie.


Les petits plats dans les grands, nous prîmes la même chose : demie-langouste en entrée et poisson cru, arrosé d'un Coteaux du La-yon californien qui rivalisait bien avec l'origi-nal.

Un cognac acheva de nous faire digérer.
Un petit joint de paka en sortant de nous rendre joyeuses et de me décider à finir la nuit en boite lorsqu'elle me le proposa.

Nous dansâmes comme des folles, multi-pliant les provocations, nous voulant belles et sexy, désirables et inatteignables...


Un popaa, bien éméché vint nous offrir un verre, nous draguant ouvertement.


Nous acceptâmes le premier verre, puis le deuxième... jetant un coup d’œil à son porte-feuille qui débordait de billets.


Maeva regardait, amusée et intéressée... moi aussi.


Jusqu'au moment où elle m'encouragea à aller plus loin, sans oublier de me faire payer.


Cela résonna comme une claque. Plus vio-lente et plus inattendue encore que la pre-mière.
Elle voulait faire de moi une pute, peut-être même en avait-elle déjà l'idée en me deman-dant d'aller dans cette boite.


Comme toujours je cédais.


La pipe, la première rémunérée, fut exécutée dans les toilettes.


Lorsqu'il me proposa l'hôtel pour la nuit, j'ac-ceptais, sachant le fric que je pourrais en ti-rer, ne connaissant que trop bien notre pau-vreté.

Je gagnais 120.000 francs CFP en une nuit... en acceptant tout.


Une petite fortune.


Je me sentais sale, souillée. Je n'attendis pas son réveil, fis signe à un taxi, rentrai au fare.
Je pris une douche durant une demi-heure. Je savais déjà que désormais j'allais y re-tourner toutes les nuits…

Chapitre 3


Dès le mardi nous allâmes à Papeete ache-ter des vêtements conformes à mon nouveau travail.
Corsages au décolleté plongeant, mini-jupes, bas et porte-jarretelles.


De retour chez nous, elle me demanda de tout mettre, me maquilla à outrance, se déclara satisfaite.


Je trouvais que j'avais tout d'une vieille pu-tain, m’abstins de lui dire. C'est ce que j'étais devenue.
Sa putain.


Les vendredi et samedi soir étaient devenus ma hantise. Nous nous rendions ensemble en boite, toujours la même, Maeva m'accom-pagnant, à moitié pour me surveiller, à moitié aussi je crois pour m'humilier.


Le scénario était toujours le même. J'allu-mais un popaa en goguette, lui faisait une fellation dans les toilettes, tentait de le frus-trer assez pour qu'il veuille m'inviter à finir la nuit à son hôtel.


Généralement cela marchait avec le premier.
Sinon je réessayais avec un autre, refaisais une pipe dans les toilettes. L'argent devait rentrer.
Moi, je m’habituais à me vendre.


Je pris conscience de ça le jour où Maeva me dit en riant que j'étais une vraie salope, une bonne petite pute qui travaillait bien.


À compter de ce jour, elle ne vint plus avec moi.
Le patron de la boite me fit venir quelques temps plus tard dans son bureau, me de-mandant 6000 francs CFP par soir passé à travailler chez lui. En échange, je ne paierai plus ni l’entrée ni mes verres…que je me faisait déjà offrir. Je ne pus qu'obéir, j'augmentais mes tarifs pour compenser.


Pendant cinq ans, j'allais travailler les ven-dredi et samedi. En plus des touristes, je me fis une clientèle d'habitués que je finis par apprécier. Je savais ce qu'ils désiraient, le leur vendais, ils m'en remerciaient. Se con-tentaient parfois de me parler, me faisant faire une pause pour une nuit.


Maeva en exigeait toujours plus, je rajoutais peu à peu le dimanche à mes jours de tra-vail.
En semaine, heureusement la boite n'était pas assez fréquentée pour espérer une quelconque prise.


J’en vins à éviter ma compagne au maxi-mum.
La glacière remplie de sandwichs, de fruits et surtout de bières, je partais sur mon bateau, seule trace de notre richesse passée que j'avais conservée, et je passais la journée à pêcher en buvant sur le lagon. Ou à boire en pêchant, rentrant bourré mais en ayant un peu oublié ce que j'étais devenu.


Jusqu'au vendredi suivant.


Les semaines s'enchainaient les unes der-rières les autres, le soir elle me baisait, s'a-musait à repousser les limites de nos jeux toujours un peu plus loin. J'y prenais du plai-sir, elle le savait.



Peu à peu, j'ajoutais le SM à mes pratiques professionnelles.
Ces soirs-là, je gagnais vraiment bien ma vie, priant intérieurement pour ne pas tomber sur un dingue qui me ferait vraiment mal.


Cela arriva plusieurs fois.


Je serrais les dents, tentant de retenir mes larmes, le dos et les fesses zébrées de coups violents de martinet.


Je décidais de faire l'achat d'une bombe lacrymogène puissante et d'un bon couteau, au cas où ça irait vraiment trop loin.



Maeva me soignait avec tendresse, me met-tant de la pommade qui m' arrachait des cris de douleur sur les chairs à vif. Puis elle me prenait dans ses bras, me cajolait, m'appelait sa petite vahiné, comme avant.


Ces semaines-là, j'étais dispensée d'aller tra-vailler.
Je n'aurais pas pu présenter mes cicatrices aux clients, de toute manière.


J'en vins presque à souhaiter cette nouvelle violence.


Je me faisais peur...











































Chapitre 4





À l'approche de mes cinquante-six ans, je sus que les jours fastes, où en me vendant quatre fois par mois je gagnais plus qu'un ca-dre, étaient terminés.



Une plus belle, plus jeune, à peine vingtaine, peut-être même mineure fit son apparition dans la boite.


Elle procédait exactement comme moi.


Peu à peu, je n'eus plus de clients, le patron me fit payer désormais mes entrées et mes consommations.


Je regardais mes cheveux désormais teints, ma couche de fond de teint de plus en plus épaisse qui ne masquait plus mes rides. Maeva qui ne se maquillait plus depuis des années avait l'air encore plus vieille que moi...
Mon triste reflet dans un miroir que je n’osais plus regarder.


Il ne me restait que le trottoir pour achever ma déchéance.


J'y allais à reculons, pour continuer à man-ger.
Mes années de prostitution ne me donne-raient aucune retraite, celle, lointaine, de ca-dre supérieur étaient d'à peine vingt ans.


Nous étions loin de pouvoir vivre à deux des-sus... d'autant que Maeva avait toujours refu-sée de se remettre au travail.


J'allais arpenter les rues mal-famées de Pa-peete, autour de la Rue des écoles...


Je faisais deux ou trois passes rapides par nuits, sous le regard ironique des autres rae-raee.
Tout le monde savait qui j'avais été du temps de ma splendeur, mesurait l'ampleur de ma chute dans l'échelle des classes sociales.


Souvent j'arrivais le visage tuméfié par les coups.
Maeva buvait de plus en plus à mesure que notre précarité s'accroissait. Plus elle buvait plus elle me battait, certaines semaines tous les jours.


Je n'en puis plus et décidais de tout arrêter.
Le tapin, Maeva, la précarité croissante. Je ne supportais plus rien.



Ce soir j'ai pris mon bateau, ne me suis pas rendue sur mon lieu de travail. J'ai jeté un œil à Tahiti qui m'avait si profondément changée, éclairée des lumières de la ville.


La forme sombre de Moorea me regarde, petite sœur bienveillante.


J'ai franchi la passe, suis maintenant au lar-ge dans le Pacifique. J'ai coupé le moteur, laissant le bateau dériver. J'espère que cela se fera tout seul... sinon au matin je plon-gerais dans l'eau sombre pour ne plus en remonter.
Définitivement, je me serais donné à la Poly-nésie corps et âme.


***
Lexique :



Le « e » se prononce « é » en tahitien et le « u » « ou »  dans l’ensemble des langues des archipels polynésiens : Marquisien, Paumotu (îles Tuamotu), et ici Tahitien...
Le pluriel est inexistant dans la grammaire inventée il y a quelques décennies : l’on écrit donc « des vahine » et non pas « des vahinés », déformation française.





Aitapeapea : c'est pas grave, on s'en fiche.


Fare : maison. Par extension les bungalow re


produisant l’architecture polynésienne des hôtels.


Hinano : Bière locale.


Hiro : Prénom masculin très commun, donné en référence à un dieu du panthéon polynésien.
Sa présence est toujours visible sous la forme d’une montagne de la très belle île de Huahine…


Iaorana : Bonjour


 Mahu : homme élevé et habillé comme une femme.
Traditionnellement les mahus avaient un rôle similaire, ne participant pas aux guerres et ne pouvant être sacrifiés. (Voir ci - après : » Mahu et Raeraee dans la société polynésienne ».)


 Paka : herbe (cannabis).


 Pei : toi.


Popaa : homme ou femme blanc-che.


 Raeraee : (prononcer ré-ré) voir mahu. S’applique cependant aux travestis. Terme né dans les années 60, péjoratif pour désigner ceux s’adonnant à la prostitution.


 Tane : homme.


 Tiare : fleur blanche, très odorante, symbole de Tahiti.


Vahine : femme.





Conversion : 1 Euro correspond à 119 francs CFP


PROLONGEMENT :


MAHUS ET RAERAE DANS LA SOCIETE POLYNESIENNE





Les dates de peuplement du « triangle polynésien », puis au-delà jusqu’à l’Australie ont été relativement bien établies par un flux migratoire immense sans instruments de navigation, venant d’Asie du Sud-Est, sur une période de -4000 av JC à 1000 après JC :


En revanche la société polynésienne originelle ne disposant que d’une tradition orale ayant peu à peu disparue nous est définitivement inconnue.





***





Il est permis de penser que l’existence des mahu remonte à une tradition très ancienne, même s’il est impossible de la dater.


Les premiers « découvreurs » européens, Wallis, Cook, Bougainville font tous état de leur existence particulièrement choquante pour un européen du XVIII° siècle pétri de convictions chrétiennes et surtout pour les missionnaires embarqués à bord des bateaux.


Ce sont ceux-ci qui ont laissés le plus de témoignages écrits sur le « péché » inhérents à cette civilisation de « sauvages », bien que bien sûr déformés par l’angle religieux de leur vision.



Des siècles avants les théories américaines, de notamment Judith Butler, sur le « trans-gender » encore largement refusées en France, celle-ci était une réalité naturelle dans les familles polynésiennes.



L’installation définititive de la London Missionnary School (L.M.S) va durablement bouleverser –et tenter d’effacer- les aspects les plus « dévoyés » de cette société » en proie aux démons de la chair » du mythe de la vahiné langoureuse et femme facile, à la réalité de l’homosexualité et de la bisexualité propre à la civilisation polynésienne.
Les mahu participaient tout naturellement à celle-ci.



Garçon à l’origine –en général l’ainé de la famille afin de le préserver des guerres incessantes et des sacrifices humains réservés aux prisonniers- les mahu naissaient mahu, ni hommes, ni femmes, mahu, transgenres.
Elevés avec les femmes, subissant les mêmes corvées mais jouissant d’un grand privilège social, les mahu pouvaient ainsi être membres de la cour des rois qui en « possédaient » un, parfois plusieurs.



Ainsi Pomare II bien que protecteur de la L.M.S, et en cours de conversion au christianisme,se livrait à des actes de débauche au milieu d’une cour d’homosexuels !
A l’image de la société polynésienne.
Si la conversion à un Dieu unique et l’abandon du panthéon traditionnel se fit sans trop de résistances, il ne s’agissait pas non plus de renoncer à sa civilisation…dont les mahu faisaient et font toujours pleinement partie.


Le Capitaine de la Bounty William Bligh témoigne ainsi de sa rencontre avec un mahu, en en faisant une description relativement exacte, préjugés mis à part :


« Ces gens, me dit Tynah, sont spécialement sélectionnés quand ils sont encore garçons et laissés avec les femmes, uniquement pour les caresses des hommes. A cet instant, le jeune homme souleva sa cape pour me montrer son entrejambe. Il avait l'apparence d'une femme, sa verge et ses testicules étant tirés sous lui entre ses cuisses. Il les gardait dans cette position avec beaucoup de facilité. Ceux qui ont des rapports avec lui satisfont leur plaisir bestialement entre ses cuisses, mais tous nient fermement pratiquer la sodomie comprise comme un crime. En examinant ses parties intimes, je les trouvai très petites, particulièrement les testicules, pas plus gros que ceux


d'un garçon de cinq à six ans et très douces, comme altérées ou d'une totale incapacité à se développer, si bien que dans l'un ou


l'autre cas, il me paraissait comme effectivement être Eunuque, "as if bis stones were away. "''


Les femmes le considèrent du même sexe qu'elles. Il observe chacune de leurs restrictions et il est également respecté et estimé."


Cependant, bien que l’homosexualité des mahu soit soulignée par tous les observateurs de l’époque, l’idée est fausse.
Les mahu peuvent être aussi bien hétérosexuels qu’homosexuels ou bisexuels, vivre en couple avec une femme ou un homme.
Ce ne sont pas des « travestis » au sens européen du terme, mais des « hommes-douceur » aimant s’habiller, se comporter comme des femmes.


Trois cent ans de présence européenne n’ont pas suffi à les supprimer de la société polynésienne où ils sont toujours très respectés, travaillant dans les domaines les plus divers : hôtellerie, restauration, enseignement, tertiaire …


Il en va autrement hélas des raerae…


Le terme est moderne, apparu dans les années 50, avec l’implantation du Centre d’Essais du Pacifique (CEP) et les nombreux militaires débarquant pour travailler à Mururoa et Fangataufa.


Une véritable explosion de la prostitution en a découlé, d’abord uniquement féminine, puis le succès aidant, celle des travestis : des raerae.

Il est donc très péjoratif, désignant des hommes travestis et prostitués, souvent à cause de la misère sociale croissante comme en témoigne cet article de Julien Gué, publié sur le blog qu’il tient conjointement avec Monik Atari :


«  Tahiti, ses îles et autres bouts du monde » que vous pouvez consulter ici :

http://tahiti-ses-iles-et-autres-bouts-du-mo.blogspot.com/


 « Dans les mêmes rues du centre-ville, à deux pas de la mairie et du poste de police central, les belles de nuits arpentent les mêmes rues dans l’indifférence générale. Là encore, la misère d’une grande partie de la population n’est pas étrangère à cette présence prégnante de la prostitution. Le contraste est saisissant entre ces jeunes personnes arpentant des trottoirs défoncés et les luxueux 4x4 flambant neufs aux vitres fortement teintées qui s’arrêtent auprès d’elles. Après tout, me direz-vous, nous sommes dans un port du bout du monde... Peut-être. Mais nous sommes aussi en France. Et le pire est à venir.


    En effet, à y regarder de plus près, la grande jeunesse de la plupart de ces prostituées est frappante. Et la première surprise sera d’apprendre que nombre d’entre elles sont mineures. Pour la plupart, les premiers pas dans l’exercice du plus vieux métier du monde se font à douze ou treize ans ! La deuxième surprise, c’est que la majorité d’entre elles ne sont pas des filles, mais des raerae. Autrement dit, des garçons travestis. Et ce sont ces mêmes travestis mineurs et prostitués qui se retrouvent un peu plus tard dans certains des bars et boites de nuit de Papeete. Tous lieux dont la loi interdit l’accès aux mineurs, comme chacun sait… Tout le monde le voit. Tout le monde le sait. Tout le monde ferme. les yeux. »


Soixante ans d’arrivée -puis d’abandon récent - de la bombe auront finalement peut-être été plus efficaces que 300 ans de christianisme pour pervertir durablement une tradition sociétale vieille de plusieurs centaines de siècles…



Sources :
http://www.polynesiepassion.net/
http://rmitte.free.fr/ermitage/2007/transpac/spemahu.htm


http://tahiti-ses-iles-et-autres-bouts-du-mo.blogspot.com/


5 décembre 2012

MAHUS ET RAERAE DANS LA SOCIETE POLYNESIENNE

Les dates de peuplement du « triangle polynésien », puis au-delà jusqu’à l’Australie ont été relativement bien établies par un flux migratoire immense sans instruments de navigation, venant d’Asie du Sud-Est, sur une période de -4000 av JC à 1000 après JC .

En revanche la société polynésienne originelle ne disposant que d’une tradition orale ayant peu à peu disparue nous est définitivement inconnue.

Il est cependant permis de penser que l’existence des mahu remonte à une tradition très ancienne, même s’il est impossible de la dater.

Les premiers « découvreurs » européens, Wallis, Cook, Bougainville font tous état de leur existence particulièrement choquante pour un européen du XVIII° siècle pétri de convictions chrétiennes et surtout pour les missionnaires embarqués à bord des bateaux.

Ce sont ceux-ci qui ont laissés le plus de témoignages écrits sur le « péché » inhérents à cette civilisation de « sauvages », bien que bien sûr déformés par l’angle religieux de leur vision.

Des siècles avants les théories américaines, de notamment Judith Butler, sur le « trans-gender » encore largement refusées en France, celle-ci était une réalité naturelle dans les familles polynésiennes.

L’installation définititive de la London Missionnary School (L.M.S) va durablement bouleverser –et tenter d’effacer- les aspects les plus « dévoyés » de cette société » en proie aux démons de la chair » du mythe de la vahiné langoureuse et femme facile, à la réalité de l’homosexualité et de la bisexualité propre à la civilisation polynésienne.
Les mahu participaient tout naturellement à celle-ci.

Garçon à l’origine –en général l’ainé de la famille afin de le préserver des guerres incessantes et des sacrifices humains réservés aux prisonniers- les mahu naissaient mahu, ni hommes, ni femmes, mahu, transgenres.
Elevés avec les femmes, subissant les mêmes corvées mais jouissant d’un grand privilège social, les mahu pouvaient ainsi être membres de la cour des rois qui en « possédaient » un, parfois plusieurs.

Ainsi Pomare II bien que protecteur de la L.M.S, et en cours de conversion au christianisme,se livrait à des actes de débauche au milieu d’une cour d’homosexuels !
A l’image de la société polynésienne.
Si la conversion à un Dieu unique et l’abandon du panthéon traditionnel se fit sans trop de résistances, il ne s’agissait pas non plus de renoncer à sa civilisation…dont les mahu faisaient et font toujours pleinement partie.

Le Capitaine de la Bounty William Bligh témoigne ainsi de sa rencontre avec un mahu, en en faisant une description relativement exacte, préjugés mis à part :

« Ces gens, me dit Tynah, sont spécialement sélectionnés quand ils sont encore garçons et laissés avec les femmes, uniquement pour les caresses des hommes. A cet instant, le jeune homme souleva sa cape pour me montrer son entrejambe. Il avait l'apparence d'une femme, sa verge et ses testicules étant tirés sous lui entre ses cuisses. Il les gardait dans cette position avec beaucoup de facilité. Ceux qui ont des rapports avec lui satisfont leur plaisir bestialement entre ses cuisses, mais tous nient fermement pratiquer la sodomie comprise comme un crime. En examinant ses parties intimes, je les trouvai très petites, particulièrement les testicules, pas plus gros que ceux

d'un garçon de cinq à six ans et très douces, comme altérées ou d'une totale incapacité à se développer, si bien que dans l'un ou

l'autre cas, il me paraissait comme effectivement être Eunuque, "as if bis stones were away. "''

Les femmes le considèrent du même sexe qu'elles. Il observe chacune de leurs restrictions et il est également respecté et estimé."

Cependant, bien que l’homosexualité des mahu soit soulignée par tous les observateurs de l’époque, l’idée est fausse.
Les mahu peuvent être aussi bien hétérosexuels qu’homosexuels ou bisexuels, vivre en couple avec une femme ou un homme.
Ce ne sont pas des « travestis » au sens européen du terme, mais des « hommes-douceur » aimant s’habiller, se comporter comme des femmes.

Trois cent ans de présence européenne n’ont pas suffi à les supprimer de la société polynésienne où ils sont toujours très respectés, travaillant dans les domaines les plus divers : hôtellerie, restauration, enseignement, tertiaire …

Il en va autrement hélas des raerae…

Le terme est moderne, apparu dans les années 50, avec l’implantation du Centre d’Essais du Pacifique (CEP) et les nombreux militaires débarquant pour travailler à Mururoa et Fangataufa.

Une véritable explosion de la prostitution en a découlé, d’abord uniquement féminine, puis le succès aidant, celle des travestis : des raerae.

 Il est donc très péjoratif, désignant des hommes travestis et prostitués, souvent à cause de la misère sociale croissante comme en témoigne cet article de Julien Gué, publié sur le blog qu’il tient conjointement avec Monik Atari :

«  Tahiti, ses îles et autres bouts du monde » que vous pouvez consulter ici :

http://tahiti-ses-iles-et-autres-bouts-du-mo.blogspot.com/

 

« Dans les mêmes rues du centre-ville, à deux pas de la mairie et du poste de police central, les belles de nuits arpentent les mêmes rues dans l’indifférence générale. Là encore, la misère d’une grande partie de la population n’est pas étrangère à cette présence prégnante de la prostitution. Le contraste est saisissant entre ces jeunes personnes arpentant des trottoirs défoncés et les luxueux 4x4 flambant neufs aux vitres fortement teintées qui s’arrêtent auprès d’elles. Après tout, me direz-vous, nous sommes dans un port du bout du monde... Peut-être. Mais nous sommes aussi en France. Et le pire est à venir.

En effet, à y regarder de plus près, la grande jeunesse de la plupart de ces prostituées est frappante. Et la première surprise sera d’apprendre que nombre d’entre elles sont mineures. Pour la plupart, les premiers pas dans l’exercice du plus vieux métier du monde se font à douze ou treize ans ! La deuxième surprise, c’est que la majorité d’entre elles ne sont pas des filles, mais des raerae. Autrement dit, des garçons travestis. Et ce sont ces mêmes travestis mineurs et prostitués qui se retrouvent un peu plus tard dans certains des bars et boites de nuit de Papeete. Tous lieux dont la loi interdit l’accès aux mineurs, comme chacun sait… Tout le monde le voit. Tout le monde le sait. Tout le monde ferme. les yeux. »

Soixante ans d’arrivée -puis d’abandon récent - de la bombe auront finalement peut-être été plus efficaces que 300 ans de christianisme pour pervertir durablement une tradition sociétale vieille de plusieurs centaines de siècles…

5 décembre 2012

Kingsqueer performer : so queer !

Kingsqueer est le groupe montant de la scène queer.

Composé de deux artistes, Grib et Laet et né durant l'été 2008, ils commencent avec une maquette de quatre titres et des petites tournées de bars en squatts... le parcours du débutant...

Et gratuitement quand c'est pour la bonne cause !

Je ferais ainsi leur connaissance lors d'un concert pour la défunte, hélas, association Transbipédégouine rennaise "Les paillettes radicales".

D'emblée le show est là ! Un concert des Kingsqueer c'est avant tout une performance scénique, festive, énergique, éclectique, accompagnée d'une musique aux multiples influences : du Velvet Underground au Punk ! Et une multitude d'instruments, clavier, trompette, mélodica,
harmonica,.. ajoutés à une gestuell, des costumes, des machines improbables...
Et surtout un cri : AMOUR ET REVOLTES ! qui devient leur marque de fabrique. Comme nombre de groupes, Kingsqueer modernise le traditionnel flyer, oublié au fond d'une poche, via une page Facebook et un site internet.
Moins banal, une véritable communauté d'amis et de fans les suit rapidement et régulièrement.
Le côté sympa du groupe n'y est sûrement pas étranger...

Kingsqueer sort son premier"vrai" album de 14 titre au mois de septembre, testé déjà lors de pas moins de 62 concerts depuis leur création, de Strasbourg à Rennes et de Bruxelles à Lausanne, participant également à des créations sonores pour des fonds d'art contemporains ou des cirques pour enfants...

 

L'évenèment donnera bien sûr lieu à une tournée à laquelle vous pouvez participer en tant que spectateur...ou programmateur !

Un extrait du tournage du clip vous mettra en appétit !

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Page Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100000413976796&ref=ts

Site : http://www.kingsqueer.com

5 décembre 2012

Brève Histoire du mouvement LGTB en France : d’ Arcadie au FHAR et aux Gouines Rouges.

L'acte fondateur de la visibilité, encore très confidentielle, du mouvement homosexuel en France peut être daté de 1954 avec la fondation de l'association et du mensuel du même nom, Arcadie par André Baudry avec le soutien de Roger Peyrefitte et de Jean Cocteau.

Il s'agit cependant de rester prudent : le "Groupe de contrôle des homosexuels", héritier direct de la "Sous-brigade des pédérastes" du XIX° siècle existe et surveille de près les activités de l'association qui compte à ses débuts de 20 à 40 menbres, essentiellement des intellectuels pouvant montrer leur homosexualité et qui culminera en 1970 avec 15.000 adhérents.

Le contexte politique de l'époque dominé par le Gaullisme et le PCF n'est guère favorable à la visibilité du fait du conservatisme des premiers et de la conception de la pureté de la Classe Ouvrière des seconds qui ne saurait comporter des pédés en son sein.

Nous pouvons d'ailleurs relever que ces deux positions n'évolueront pas jusqu'à très récemment..

L'adhésion à Arcadie qui suppose l'abonnement à la revue, fut interdite aux mineurs dès 1954, et censurée. En 1960, à la promulgation de l’amendement Paul Mirguet comptant l’homosexualité parmi les « fléaux sociaux , Arcadie fonctionne comme un club privé dont l'activité principale est l'organisation de conférences dans ses locaux ainsi qu'un service médical et d'entraide sociale.

Un autre mensuel, FUTUR coexistera durant un an avec Arcadie de janvier 1954 à octobre 1955. Mais ARCADIE reste jusqu'à 1968 la seule association " homophile", selon la terminologie de l'époque, existante.

L'association vivotera ensuite jusqu'en 1982, démodée par l'activisme des années 70 et particulièrement par la naissance du Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire (FHAR) et des Gouines Rouges.

Celui-ci apparait en mars 1971, conjointement avec le MLF. Les relations entre les deux groupes sont étroites, les homosexuels s'ajoutant aux féministes et aux Gouines Rouges qui constituent de fait la liaison entre le MLF et le FHAR, (le FHAR refuse le nom d' "organisation" et n'a ni leader ni porte-parole, fonctionnant en AG sur un mode libertaire) autour des figures de Félix Guattari , Guy Hocquenghem et l’écrivaine et cofondatrice du MLF, Françoise d’Eaubonne. Christine Delphy y militera également...

Un premier journal," TOUT-ce que nous voulons : la révolution" parait et contient un manifeste inspiré de celui des " 343 salopes" avec un titre choc : « Nous sommes plus de 343 salopes. Nous nous sommes fait enculer par des Arabes. Nous en sommes fiers et nous recommencerons. »

Les réactions, de l'extrême-droite à une partie de l'extrême gauche en passant par le pouvoir gaulliste rivalisent d'indignation.
Minute écrit " Au milieu de slogans du genre: « La virilité et la propagande sont les deux piliers de la psychologie bourgeoise », on y trouve de doux aveux sur les services rendus par les Arabes aux fils de Sodome.
Dans ce domaine, au moins, le colonialisme se pratique à l’envers.
Pour faire triompher ses mots d’ordre, le F.H.A.R., outre la distribution de tracts dans les boîtes d’invertis etl’organisation des groupes « d’autodéfense » (na!), préconise une alliance avec les lesbiennes contre la société phallocrate.

Violette Leduc avec nous! un bon moyen de mettre en fuite les sales hétéros.
Justement, ces hétérosexuels réactionnaires, « hétéroflics», comme dit le Front, il paraît qu’il y en a beaucoup trop dans la grande famille gauchiste. Ils l’empêchent de se transformer en famille tuyau de poêle..." tandis que Lutte Ouvrière se distingue également : " On peut se demander ce qui peut amener des gens qui se disent révolutionnaires à éditer un journal dont le contenu est à la hauteur de graffitis de pissotières.
« Faire la révolution, veut réellement dire CHANGER LA VIE (et d’abord SA vie) », écrit Tout (et c’est lui quisouligne).

Voilà comment l’individualisme petit-bourgeois en arrive, après s’être réclamé du stalinisme, et du socialisme dans un seul pays, à se faire le chantre du «socialisme » dans un seul lit."

Le numéro est aussitôt saisi, Jean-Paul Sartre est poursuivi pour y avoir écrit... C'est le Conseil Constitutionnel qui stoppera les poursuites en déclarant inconstitutionel les atteintes à la liberté d'expression.
Le premier mai 1971, pour la première fois en France, pédés, gouines et transsexuel-les prennent part au traditionnel défilé en s'affichant au grand jour. Deux ans auparavant, de l'autre côté de l'atlantique, les émeutes de Stonewall ont eu lieu, donnant naissance à la première Gay Pride.**

Manifestation du FHAR.

Le Service d'Ordre de la CGT tente d'expulser ces pédales gauchistes qui font par trop mauvais genre...
Les Comité d'Action Lycéens les rejoignent et le FHAR colle à la Fédération Anarchiste, restant ainsi dans le défilé.
Les réactions des autres syndicats, sans être aussi violentes, sont plus que mitigées...

A la suite de cette preière manifestation, le FHAR prend de l'ampleur et se dévellope en province. Les militant-e-s se revendiquant du FHAR sont au nombre de 4000, tandis que l'ordonnance de Vichy, confirmée en 1945 spécifie toujours que" sera puni de six mois à trois ans de prison et de
soixante à quinze mille francs d'amende quiconque «aura commis un acte impudique ou contre-nature avec un individu de son sexe, mineur de 21 ans". Le courrier afflue de partout, des groupes se créent un peu patout : cinq (dont trois
constituent la section française de l'I.H.R.) à Paris et quinze
groupes font le même travail en province. Certains de ces
groupes possèdent leur journal: Le Doigt au cul à Nice, Le
Fléau social par l'I.H.R, Internationale Homosexuelle Révolutionnaire fondée en 1973 et proche de l'Internationale Situationniste.

C'est dans ce contexte que les premières prises de distances des féministes du MLF et des Gouines rouges ont lieu, qui jugent le mouvement trop spécifiquement masculin et ne prenant que peu en compte la spécificité de leur mouvement.

L'apparition des " gazolines", se revendiquant du "spontanéisme", rompant avec les "politiques" de l'IHR, va créer une cetaine confusion au sein du FHAR. En poussant la provocation à l'extrême, en dénonçant le pouvoir supposé des intellectuels membres du FHAR, puis en apparaissant voilées à l'enterrement de Pierre Overney, militant Maoïste tué par un vigile de chez Renault aux cris de " « Liz Taylor, Overney, même combat ! », elles précipitent une scission déjà amorcée entre des groupes n'ayant plus en commun que des slogans.
Daniel Guérin quitte le groupe, bientôt suivi par Françoise d’Eaubonne qui n'y voit plus "qu'un vulgaire lieu de drague".

La dissolution officielle des FHAR interviendra en février 1974, après l'interdiction par la police des Assemblées Générales aux Beaux-Arts et surtout l'abandon par ses membres de ses actions spectaculaires.

L'histoire du FHAR ne s'arrête cependant pas là.
Ils laissent derrière eux des héritiers directs : les Groupes de libération homosexuels (GLH), la plupart situés en province, le GLH-PQ (politique et quotidien) et les groupes Sexpol (sexe et politique), qui ont autant d’histoires propres. Leurs objectifs et revendications, issus du FHAR, perdureront à travers les associations homosexuelles des années 1980, comme les Universités d’été euro-méditerranéennes des homosexualités et le CUARH ou la création de la revue Gai Pied.

Mais ceci est une autre histoire...
* Source : Rapport contre la normalité, FHAR 1971, disponible ici : http://inventin.lautre.net/livres/FHAR.pdf

5 décembre 2012

Vers un nouvel homonationalisme ?

Les Marches des Fiertés 2012 est apparues comme celle de toutes les victoires avec la promesse du mariage entre personnes du même sexe avant le printemps 2013 par le nouveau gouvernement.

Cependant, outre le fait que la problématique trans en était habituellement absente, une fois de plus celles-ci sont apparues, sans que cela ne questionne visiblement la presse, les CLGBT,..  comme des rassemblements festifs de femmes et d'hommes blancs à l'exclusion -ou presque- de toute autre couleur de peau...

Cette exclusion de fait va de pair avec un discours largement intégré par la plupart des mouvements politiques, y compris de Gauche. La "tolérance" serait une vertu unanimement partagée au sein des civilisations occidentales : européennes, américaines et israelienne. A noter d'ailleurs qu'en se donnant une image "Gay friendly", accueillante aux touristes LGBT, Israel tente dans la même logique de faire oublier l'occupation militaire de la Palestine, désignée comme obligatoirement homophobe et donc à civiliser par la force dans la meilleure tradition coloniale du XIX° siècle.

L'intolérance serait ainsi ailleurs, et particulièrement au sein des communautés maghrébines, turques,.. en fonction du peuplement venu pour chaque pays des anciennes colonies. Outre le fait qu'une telle posture permet de dédouaner "l'homme -ou la femme- blanc-he" de toute homophobie, elle est doublement dangereuse en pointant également du doigt de supposés "communautés", "quartiers" (comprendre quartiers défavorisés : le XVI° arrondissement de Paris n'est pas "un quartier" dans le langage courant...), où l'homosexualité serait cachée, violemment combattue par la population y compris à coup d'agression physiques, ou du moins méprisée plus qu'ailleurs...

Outre les mépris de classe, de" race", et surtout religieux c'est à dire anti-musulman qu'il induit, ce nouvel homonationalisme, dénoncé avec éclat par Judith Butler à Berlin en refusant le Prix de la Ville, n'est que la résurgence d'une vieille dérive de la Rome antique qui l'encourageait au sein de ses Légions afin de souder la solidarité entre soldats aux SA Nazis qui pratiquaient volontiers l'homosexualité masculine comme appartenant au culte du corps et de la "suprématie Aryenne". Les centres-ville, riches et blancs seraient ainsi gay friendly, les "quartiers"et " banlieues" (là aussi Neuilly n'est pas considérée comme une "banlieue" ) étant pour leur part homophobes entre autres tares : drogue, racket, trafics... en oubliant volontiers l'homophobie ordinaire des zones rurales d'où toute immigration est absente et des centres-ville loin d'être également épargnés.

La banalisation de ce discours au sein de l'ensemble -à quelques rares exception- de la classe politique et des milieux et associations LGBT est inquiétante à l'heure où partout en Europe l'Extrême-Droite connait une poussée importante de son influence, de la banalisation de ses thèses, arrivant même parfois au pouvoir. Une extrême-droite qui n'hésite plus à faire siennes les revendications homosexuelles et à présenter un visage avenant à ses membres : Marine Le Pen déclarait ainsi à Lyon en décembre 2010" J’entends de plus en plus de témoignages sur le fait que dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme ni homosexuel " , récupérant à son compte les combats féministes et homosexuels tout en se déclarant opposée à l'avortement et au "mariage homo" quitte à choquer une partie de son électorat traditionnel au nom du "relooking" du Front National.

Le choix de l'emblème de la Marche des fiertés 2011 n'est à ce titre pas neutre : un coq gaulois au plumage bleu, blanc, rouge qui aurait eu toute sa place dans une fête du Front National. Le tollé soulevé par ce choix est certes sain. Il n'en demeure pas moins qu'il est caractéristique d'un repli nationaliste -et machiste !- de la part des organisateurs qui n'ont fait aucune réflexion autocritique par la suite, expliquant au mieux qu'il s'agissait d'une gaffe, au pire d'une interprétation erronée de leurs détracteurs.

Enfin en présentant la Marche 2012 comme celle de la Victoire, l'on évite soigneusement de pousser la réflexion, et par là même la revendication plus loin... La place prise par le Parti Socialiste au sein des CLGBT mériterait cependant d'être interrogée : "En 2011 on marche, en 2012 on vote" ou plus parlant encore "Le changement c'est maintenant !" posent la question de l'indépendance vis-à-vis du politique et des mots d'ordres des prochaines marches...
Les expulsions de sans-papiers clairement annoncées par Manuel Valls qui se situe dans la droite ligne de son prédécesseur Place Beauvau vont continuer à poser le problème de l'accès au soins aujourd'hui refusés à cette population y compris victime de la pandémie du SIDA. Les homosexuel-le-s vivant dans des pays les condamnant à la clandestinité, la prison ou la mort, de la Russie à l'Ouganda, vont continuer à être renvoyés "chez eux".

Le racisme d'Etat et la théorisation du "choc des civilisations" continuer à se développer...

Il serait bon que les différentes composantes du mouvement LGBT en prennent conscience et renouent avec la lutte...

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